Confesse
Dessins à la plume et céramiques polychromes
23 octobre au 14 novembre 2026
Noyau aime décidément les défis. Nous connaissons de lui les dessins réalisés aux doigts et à la gouache noire directement sur le papier, où l’aléatoire de la technique pimente l’académisme du dessin (Grands dessins et petites peintures, 2013). Nous aimons ses gouaches vitriolées dans L’Art de vivre et Le Bon Goût (Les Cahiers dessinés, Le Nouvel Homme, 2016), où il met son immense talent de dessinateur au service d’images violemment satiriques, disséquant notre mode de vie dans un déluge de couleurs jusqu’à la nausée, avec toujours une finesse d’esprit hors du commun.
Confesse, le médiéval à la sauce Noyau
Dans son nouvel ouvrage « La Trajectoire des pierres lancées » (Éditions Fremok), dont nous allons présenter certains originaux, l’artiste, né en 1963 à Neuchâtel, pulvérise une fois encore les codes. Il revient au noir et blanc pour nous raconter les tribulations d’un petit moine au Moyen Âge à travers des dessins réalisés à la plume et à la manière des gravures du XVᵉ siècle. De cette technique et de cette période historique, il emprunte le système du dessin aux hachures parallèles, la liberté de composition (ni perspective, ni point de fuite, divers points de vue pour un même sujet) et de narration (juxtaposition de plusieurs moments dans une même image). Le récit est à la fois truculent et grivois.
Pour la réalisation de ses dessins, Noyau utilise un nouveau procédé. Sans passer par l’esquisse et le scénario, une image en appelle une suivante. L’histoire se tricote donc jour après jour et la cruauté du monde rivalise avec l’imaginaire débridé de l’artiste. Quoi, du reste, de plus jouissif que ce Moyen Âge, cette terre inconnue sur laquelle il est possible de projeter toutes sortes de fantasmes : sauvagerie absolue, brutalité totale, personnages hauts en couleur, odeurs et fluides, rituels obscurs, soupirs, larmes, complaintes, mystères et lugubres prophéties ?
Les dessins de Noyau sont touffus, complexes et racontent l’épopée d’un novice, celle de Moineau, qui, échappant de justesse à l’anthropophagie de sa congrégation en s’enfuyant par les latrines, va être malmené dans le monde hors monastère jusqu’à sa mort, puis sa résurrection. 232 pages aux coins arrondis d’un ouvrage qui ressemble fort à un missel, découpé en 4 parties, enrobé d’un tissu bleu et assorti d’un signet-ruban.
Sous les dessins, comme une légende, court un texte imprimé en calligraphie pseudo-médiévale usant d’une langue truffée de néologismes et de références religieuses. Les mots roulent sur la langue, en une prose inclassable et cruelle.
Céramiques polychromes pour nous prémunir du mal
En marge de cette entreprise qui a duré 2 ans, Noyau expérimente avec la céramique. C’est une cinquantaine de personnages mi-saints mi-démons, des bas-reliefs polychromes en terre cuite qui viennent compléter, dans le même esprit moyenâgeux, les similigravures. Comme des ex-voto, ces figurines de glaise sont censées préserver celui qui les acquiert des pires maux et péchés de l’humanité. Idoles païennes dont nous exposons une trentaine d’exemplaires et qui viennent nous rappeler, du fond des âges, notre éternelle impuissance.
Peu importe au fond le médium, la signature reste bien celle de Noyau et sa vision de l’homme, impitoyable et tendre à la fois.