Exposition d’assemblages d’Émilienne Farny
du 5 mars au 2 avril 2026
À partir du mois de mars, la galerie présentera une exposition consacrée aux œuvres d’une figure majeur de l’art contemporain suisse : Emilienne Farny (1938-2014). Consacrée à ses assemblages, cette exposition réunit des œuvres peut-être moins connues, mais qui reflètent le talent débordant d’Emilienne, ainsi que ce regard si particulier qu’elle portait sur le monde. Une exposition à venir découvrir du 5 mars jusqu’au 2 avril 2026.
Un désordre homogène
Connue d’abord pour ses peintures à la frontière entre le pop art et l’hyperréalisme, Emilienne Farny se distingue dès les années 2000 avec une production nouvelle : ses assemblages. Chez l’artiste, cette technique procède en deux temps. Le premier est celui de la balade et de la collecte. C’est le temps de l’émerveillement. Au gré des sentiers, l’artiste amoncelle divers objets dont elle fait la collection : cailloux, pièces de métal, débris rouillés, déchets de plastique, planches, bois flottés, autant de fragments de l’expression urbaine laissés à l’abandon et qui segmentent la trajectoire des promeneurs. S’en vient ensuite le temps de la composition, celui de la réunion de ces résidus en un tout qu’est l’œuvre d’art. Sous l’entrée « assemblage », le Dictionnaire de l’Académie française propose la définition suivante : « se dit surtout de la réunion d’objets hétéroclites produisant un tout bizarre ». Bizarre, certes, en ce que rien ne prédestinait ces débris à l’assemblage, mais non moins cohérents, sinon harmonieux. C’est bien là l’essence même des assemblages d’Emilienne : parvenir, à partir du désordre du monde, à une unité nouvelle.
Le souvenir de l’enfance
Tardifs dans la trajectoire artistique de l’artiste, les assemblages trouvent néanmoins leurs racines au sein de certains souvenirs d’enfance. Souvent, l’artiste évoquait ces souvenirs, au premier rang desquels figuraient les balades à la Chaux-de-Fonds, prémisses d’une pratique qui deviendra artistique. « J’avais une tante que je chérissais du plus loin de mon enfance, raconte l’artiste. Je me souviens de longues balades en forêt, au bord des lacs, dans les pâturages, partout où il était possible de rôder. Nous ramenions toujours de beaux cailloux, des bois polis, des petits fruits, etc. Nous en parlions, nous nous émerveillons de chaque trouvaille, de chaque sous-bois, de chaque clairière, de chaque brin d’herbe… Cette habitude ne m’a jamais quittée. J’ai fini par avoir tellement de cailloux, de bois, de métaux rouillés, de verres polis, glanés de ci de là, qu’un jour j’ai eu l’idée d’en faire quelque chose ». À ces souvenirs, s’en ajoutent d’autres : ceux de ce temps, plus intime, vécu non pas à l’extérieur, mais à l’intérieur. Dans sa chambre, Emilienne dessine. Le dessin devient pour elle l’occasion de répertorier les trésors amassés. Parallèlement au dessin, l’artiste se passionne pour les puzzles. Aussi anecdotique qu’il puisse paraître, ce détail préfigure déjà la pratique artistique d’Emilienne : comme le souligne Michel Thévoz – historien de l’art –, entre le puzzle et les assemblages il n’y a qu’un pas ; l’un comme l’autre procèdent de la réunion d’éléments disparates en un tout cohérent. Peut-être existe-t-il entre l’enfant et l’artiste une certaine continuité.
Un regard singulier
La pratique artistique d’Emilienne Farny témoigne d’un regard singulier sur le monde – un regard attentif à ces gisements qui l’habitent, mais que peu savent discerner. « Libéré », selon les propres termes de l’artiste, ce regard trouve quelque chose de l’enfance : une capacité d’émerveillement face au monde et à ses gisements. À travers lui, chacun de ces fragments acquiert un potentiel artistique infini. Ainsi, chaque assemblage se veut-il, peut-être et en quelque sorte, une leçon : chacun d’entre eux nous invite, nous autres spectateurs mais surtout promeneurs du quotidien, à poser un regard nouveau sur ces débris qui parsèment nos chemins. « La beauté est partout », semble suggérer Emilienne en filigrane de ses œuvres ; encore faut-il apprendre à regarder.